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  4 réflexions sur l'art et sur le marché de l'art par Yasmina Reza, Paul Ardenne, Laurent Danchin, Christine Sourgins et une petite altercation entre Michel Schneider et Pierre Boulez.  
     
 

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Entretien Paul Ardenne critique d' art 2010
Paul Ardenne est un critique d'art et muséologue français, spécialisé dans le domaine de l'art contemporain, de l'esthétique et de l'architecture. Parallèlement, il enseigne à l'université d'Amiens. Le bon sens de ses propos et sa vision large et généreuse donne une vision vivifiante de l'art.
 
 
 
 

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Laurent DANCHIN- La critique cultivée de l'art contemporain:
"l'art contemporain c'est l'art moderne au carré"

Laurent Danchin est un critique d'art et essayiste français né le 1er octobre 1946 à Besançon, spécialiste d'art brut, outsider et singulier. Il est en particulier un grand connaisseur et défenseur de l'œuvre de Chomo, à qui il rendit visite toutes les semaines entre 1975 et 1983.

Agrégé de lettres, ancien élève de l’École normale supérieure, Laurent Danchin a enseigné dans plusieurs lycées, en particulier celui de Nanterre. De 1985 à 1990, il a aussi enseigné l'analyse filmique et la culture générale à l'école Émile-Cohl (Lyon). Conseiller et conférencier dans de nombreuses manifestations, il est également commissaire d'expositions, principalement à la Halle Saint Pierre. Il est enfin le correspondant en France de la revue britannique Raw Vision, dont il a édité une version française en 1996-1997.

Une grande culture et une analyse pertinente feront le bonheur de tous.

 
     
 

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Critique sur l'art contemporain : Extrait d'une interview de Christine Sourgins.
« Les mirages de l’Art contemporain »« et si les grilles de lectures anciennes, ou valables pour l’art moderne, ne pouvaient saisir la spécificité du « contemporain ? »
« l’art de tous nos contemporains »
Fine et cultivée Christine Sourgins donne une analyse pertinente de l'art contemporain.


 
 

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Yasmina Reza est un auteur à la production très variée (théâtres, romans, scénarios).
Sa pièce « Art » (1994) est une réussite internationale qui l'a fait connaître au grand public. Ses pièces ont reçu de nombreux et prestigieux prix. (petit extrait)

La pièce aux 2 Molières, "Art" de Yasmina Reza
Mise en scène par Patrice Kerbrat
Production : Jacqueline Cormier
Acteurs: Marc: Pierre Vaneck, Yvan: Pierre Arditi, Serge: Fabrice Luchini

suite du film "art" de Yasmina Reza sur youtube:http://www.youtube.com/watch?v=BCIyBbD0QwA

 
  Altercation entre Michel Schneider et Pierre Boulez:
http://www.ina.fr/video/I11124843

Michel SCHNEIDER, directeur de la musique et de la danse au Ministère de la culture de 1988 à 1991, explique les raisons pour lesquelles il a démissionné, raisons qu'il a réunies dans un livre "La comédie de la culture". Il estime que l'art et la culture ont été rabaissés et que les inégalités devant la culture perdurent. Pierre BOULEZ engage alors une polémique qui vire rapidement au règlement de comptes, surtout quand Michel SCHNEIDER aborde le problème du financement de l'IRCAM et de l'ensemble Inter Contemporain.
 
 

" Les mirages de l'art contemporain" de Christine Sourgins
(Editeur: La Table Ronde )

 

Après avoir retracé les grandes lignes de l’histoire de l’Art moderne, Christine Sourgins explique le séisme qu’a provoqué la naissance de l’Art dit contemporain qui rompt non seulement avec l’Art moderne, mais tout simplement avec l’ART. En effet, Duchamp refuse les éléments constitutifs de la définition traditionnelle de l’Art et les remplace par tout et rien, par l’abject, le mal, le crime. Ce détournement du mot Art est nocif et néfaste pour la société et l’individu d’autant plus que l’État officialise l’Art contemporain et le sacralise.

L’Art contemporain renie le passé et le patrimoine. Il évacue le sensible, l’intériorité, l’expression, l’émotion, le travail, le savoir-faire. Les remplace par le n’importe quoi, le presque rien, le savoir-choquer. Et malheur à quiconque veut juger une œuvre! Comment ferait d’ailleurs un spectateur pour juger puisque l’art est au-delà de l’œuvre, qu’il n’y a plus de lien entre la forme et le sens, entre l’esprit et la matière et que le signifiant est le signifié, rejetant ainsi le signe, le symbole ? Que reste-t-il de l’ART? Rien, si ce n’est le mot que Duchamp et ses compères n’ont pas voulu lâcher après l’avoir vidé de son contenu. La lecture d’une œuvre ne se fait plus par la contemplation. Point n’en est besoin puisque l’AC veut choquer par l’immédiat, le nouveau, l’impact. Voilà la beauté nouvelle, de beaucoup supérieure à la contemplation. Qu’en est-il de la Beauté ? Elle est disqualifiée, abandonnée puisqu’elle aliène le peuple. De plus, la beauté, splendeur du vrai ne peut exister dans un monde relativiste. De la même manière, qu’on hait le métier d’artiste, on hait la beauté et pire, on intervertit les mots beau et laid. Ainsi, le dégoût, l’abject, le mal, l’horrible deviennent beauté. Bref, le beau est exaltation de la violence. Comment l’harmonie et la paix peuvent-elles exister dans un tel monde ? Elles sont remplacées par le chaos, la perte de sens, d’identité. N’importe quoi peut devenir symbole. Tout est art. Tout se vaut. Tout est subjectif. Quoi d’étonnant que le nominaliste resurgisse avec l’AC ? On expose un art pédophile, tortionnaire, nécrophile, un art qui tire son essence du crime, de la violence. Et on s’en justifie en jouant sur les mots. Et l’État subventionne cet art!

L’Art est une fonction publique et un marché. Sans l’État, l’AC n’existerait pas. Il a besoin du prestige d’une autorité publique et surtout d’argent pour vivre. Bien sûr, le coût de l’AC est un secret d’État. Alors que de nombreux problèmes persistent dans les domaines sociaux, l’État investit dans l’Art contemporain exclusivement. L’art officiel est sélectif et totalitaire. D’ailleurs, certains artistes qui rejettent l’AC œuvrent dans son sens pour être publiés. Comment peut-on soigner le mal social par le mal et la violence proposés par l’AC ? Et que dire quand celui-ci intervient en milieu scolaire, s’impose et fait des élèves de bons nominalistes relativistes ? On ne peut rien dire parce que la liberté des artistes passe avant la liberté publique. Et de plus, face aux accusations, l’AC gagnera toujours puisqu’il demande à être jugé sur ses intentions et qu’il saura toujours se défendre en jouant sur les mots, un jeu dans lequel il excelle. L’État donc accepte et finance l’AC. Mais qu’en est-il de l’individu, du spectateur à qui on propose du grand n’importe quoi ? Le leitmotiv de l’AC est de dérouter, de troubler, de subvertir le spectateur. Et ses techniques sont affinées. Il surprend, provoque, sidère, se fait prescripteur tout en faisant seulement mine de proposer, libère des préjugés, dénonce par le mal, agit comme une auberge espagnole en projetant plusieurs discours contradictoires. L’artiste malmène le spectateur qui se laisse souvent piéger et devient complice. Il tente de donner un sens à l’œuvre et de la sauver. Dans les salons, les arguments ne manquent pas pour défendre l’AC: il faut bien vivre avec son temps, il n’y a rien d’autre, ce n’est pas si gênant, il faut être tolérant, l’AC n’est que le miroir de son temps, de plus il ne concerne que des milieux restreints et de toutes les façons le grand public est protégé par son ignorance. L’auteur réfute chaque argument. Devant cet art bidon, il est des spectateurs de l’AC indifférents. Certains le refusent. D’autres essayent de comprendre. Il y aussi les bons joueurs qui se prêtent au jeu et bien sûr, les fanatiques de l’AC.

Rapidement, l’AC s’est attaqué au religieux et au sacré, détournant bien sûr son sens. Son sacré est informe, subjectif, diffus. Le clergé accepte l’AC comme moyen de témoigner du Christ à l’exemple des Pères des premiers temps. L’Église est flattée de voir ses églises restaurées par l’AC et d’être connue, de sortir de la marginalité à l’heure où les fidèles se font rares. L’État quant à lui acquiert du prestige et exploite le patrimoine. Un marché s’ouvre pour les artistes. Les œuvres de toutes sortes signées d’artistes non chrétiens, si possible, entrent dans les sanctuaires. Le tout est officialisé : c’est l’art contemporain sacré. Loin de seulement restaurer les églises, l’AC subvertit le christianisme. Il fait sien les dogmes de Foi et, bien sûr, les détourne, les ridiculise. Comme le Christ, l’Art est mort pour que naissent de sa mort un discours, un Verbe. L’AC est le nouveau Verbe divin et le Christ n’est plus qu’un homme misérable dont la figure est malléable à l’extrême. Le glissement des mots permet de confondre toutes les notions, de s’approprier les mystères chrétiens, de créer une nouvelle religion. Des exemples désolants pleuvent dans le livre de Christine Sourgins. L’AC singe le christianisme, son baptême, ses sacrements. L’artiste est prêtre, prophète et martyr. Il est roi. Mais son royaume est celui de la pulsion et sa transcendance, la transgression. Peu à peu, l’AC conduit à l’apostasie générale.

Art officiel absolu, l’AC est en fait un non-art qui cherche à se libérer de la condition humaine. Il s’attaque au sacré, au patrimoine, à l’éducation. Son ambition est de dominer et il y arrive par la manipulation. C’est le fer de lance de la contre-culture. Est cultivé celui qui apprécie la transgression et qui transgresse. L’AC justifie tout et son contraire. Il est schizophrène. Face à cet ordre mental, à cette multinationale de la pensée, à cette folie dirigée, que faire sinon refuser le mensonge de l’AC ?

L'essentiel en citations :

- « La médiocrité postmoderne est l'étui d'un nouvel avatar : une contemporanéité agressive, régressive et nihilisante, bref celle de l'Art contemporain. »

- « Duchamp pose les jalons essentiels, par ses gestes et ses écrits, de la réfutation des éléments constitutifs, jusque-là, de la définition de l'art. »

- « Quand toute finalité est perdue il ne reste plus qu'à tourner en rond et c'est ce qui arrive à l'Art contemporain. »

- « La postmodernité nie toute une continuité, elle cite parfois un héritage mais ne l'assume jamais, elle se condamne à répéter sans arrêt la rupture, la rupture, la rupture, comme un disque rayé. »

- « L'Art Contemporain est l'expression d'une pensée dominante qui ne veut pas dire son nom, qui a remplacé le marxisme: le relativisme. »

- « Mais comme désormais nous vivons sous la coupe du relativisme, il n'y a plus de vérité, par conséquent plus de beauté. »

- « Cette habitude récurrente de jouer avec les déjections, le "sale", le "pervers", n'a rien de neuf dans l'histoire humaine; la nouveauté, c'est son officialisation, sa promotion au statut de normalité par le biais du mot magique "culture" et d'un appareillage intellectuel légitimateur. »

- « L'artiste d'Art contemporain relève donc d'une loi privée, particulière: l'Art contemporain est créateur de privilèges et de privilégiés. »

- « La caution de l'État va contribuer, comme d'habitude, à masquer sous l'alibi de la Culture la nature véritable et la radicale nouveauté de l'Art contemporain. »

- « Penser c'est, pour [l'Art contemporain], refuser toute frontière, franchir toute limite, abolir tout principe et toute norme. Au fond il n'y a, pour [l'AC], de pensée que s'il y a transgression. »

- « L'Homme est devenu une banque de données enfermée dans un sac de protéines, manipulable et charcutable à volonté. »

- « L'AC ne vise pas un accomplissement de l'humain, mais célèbre une liberté folle dans une transgression sans fin. Au point que c'en est devenu la définition de la Culture: apprécier, pratiquer et enseigner la transgression pour la transgression, dans sa gratuité toute pure. »

- « Le Nouvel Age a des caractéristiques communes avec lui [L'AC]: les deux phénomènes sont aussi nébuleux l'un que l'autre, ce sont deux multinationales de la pensée et du mental sans organisation structurée. »

- « Ces œuvres régressives, agressives, transgressives, ne visent pas seulement à choquer le bourgeois, sinon la mode en serait passée depuis longtemps. Elles signifient et diffusent une vision du monde où la vie est un processus de corruption, et où la mort, corruption absolue, devient donc l'absolu de la vie. »

- « L'AC affiche l'ambition de concurrencer les religieux jusqu'à singer et démolir les grands thèmes théologiques chrétiens. »

- « Le chaos tient lieu de mystère, on écrit "infini" mais on pense "indéfini"; dans un texte de l'AC , le dérisoire fait fonction de "sacré" et l'Espérance réside dans la "réduction des choses à leur absurdité" .»

- « Si on définit la culture comme l'anamnèse, l'AC ne participe ni d'une culture ni même d'une inculture ou d'une sous-culture: il est le fer de lance de la contre-culture. »

- « Dans le nouvel ordre mental qui pointe, l'Être est donc intérieurement sommé d'osciller entre une surmentalisation abstraite et le désordre des instincts. D'où ces schizes, ces divisions de la psyché fréquentes chez les adeptes de l'AC: bourgeois mais bohèmes, révolutionnaires mais fonctionnarisés. »

- « L'AC fait l'économie de l'oppression physique pour s'en prendre directement à la personne, à l'être, au for intérieur. »