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J.R. alias Jean René

J.R. Alias J.R.

 
 

JR / street-scout, et bouts de viande !

Par Uman Brek. GchooQ. Los Angeles. Août 2014.

Vendredi 8 août. C'est l'été. On mange. 42 kilomètres de saucisses. Je pense à Jr. Plancha/ Barbecue/Pastis. Le premier qui vomit a gagné ! C'est l'été. Je repense à JR. Jambon Rillettes. Entre le premier kilomètre et le septième, j'ai envie d'écrire. Je ne suis pas disposé à le faire, mais il le faut. C'est indisposé et avec un verre de citrate de bétaïne que je tente alors une analyse critique et sérieuse de l'esthétique JR. Je pense aussi à son patron : Manu Perrotin. Et sa nounou : Magda Da.

Silence.
Faites-passer la mayo !
Silence.
Les tongs me font mal entre le pouce et l'autre doigt de pied.

Je regarde autour de moi. J'ai peur de ne pas trouver les mots nécessaires à l'analyse complexe du cas moderne de Jr. D'ailleurs je commencerai par l'appeler comme il s'appelle. Comme tout le monde : Jean-René. Je hais la prétention du silence des initiales. Je lui préfère la noblesse amicale et populaire du prénom dans sa totalité. Les initiales participent à la création du personnage de rue : homonyme et ambigu, entre anonymat de l'invisible et anonymat de reconnaissance légitime. Ceci est une fabrication mythologique qui permet de mettre en place les systèmes psychanalytiques de type archétypal qui par une logique d'inconscience collective vous fait préférer de façon naturelle les frites aux cœurs de palmiers.
(Lire C-G Jung : de la frite au palmier!)

Lorsque l'on nomme deux initiales comme JR, nous construisons un mythe, nous ricochons du profane au sacré, on alimente un mystère, une magie, une « incroyabilité », et par analogie numérique, l’idolâtrie collective se diffuse. Ce petit tour de passe-passe, sorte de storytelling culturel favorise ainsi les nouvelles croyances. Maintenant, on y croit ! Presque autant que le citrate fait son effet. Le street art, récupéré, avalé, et digéré dans le système culturel, est né de toute cette aventure mythologique. C'est la street credibility, tu l'a dit kiki ! « La street art de bétaïne » dirait l'autre brèle du petit journal!
Un marketing de choc et une communication séduisante de masse et hop : croche patte !


J.R. n'a pas d'assistants, il colle tout... tout seul.



Deux lettres : J-R ! et vous vous retrouvez dans un univers lointain, entre un métro américain, une banlieue parisienne et une gare de Berlin. Nommez-le Jean-René, et vous vous retrouvez à peler trois kilos de patates.

C'est la même différence qu'entre un communicant et un bègue, un politique et un pizzaiolo, un lobbyiste et un berger, Art press et GchOoQ, ou la Mère Thérèsa et un hypocondriaque.
Bref, silence. Passe-moi l'économe.

Après avoir compris l'origine du mot JR, on en vient à son œuvre, ou plus précisément son produit de vente. Si j'étais honnête...je le suis : des fois oui des fois non. Je dirais alors que ces images fonctionnent ; et en même temps comment ne le pourraient-elles pas ?! Le format, le noir et blanc, la gueule qui grimace et les choix des espaces spectaculaires font que, si avec ses ingrédients, ces images se vautraient la gueule, Jean-René serait vraiment un imbécile. Mais il ne l'est pas ! Il a l'argent, le bagout, le chapeau et les lunettes. Moi, j'ai pas d'argent, pas de bagout, j'ai honte et suis timide, j'ai pas de chapeau, mais j'ai des lunettes (pas de soleil, mais de vue, je suis myope).
Mais on évitera de tomber dans l'analyse logique du con qui a les moyens, et du malin qui ne se les donne pas!


Bref, ce con de Jean-René a le format, la caméra, les voyages,..., en gros il a le spectacle dans son sac. Maintenant le fond du produit. Car la forme ne fait pas pour autant le fond. Son film Woman are heroes est une forme qui fait chialer le monde, moi il me donne envie d'écrire, et c'est déjà bien ! Ingrédient des larmes : musique sensible, misère, humanité, chaleur, amour, et on garde le tempo du stop motion.

Mais le fond m'interroge ? Et alors ?! On fait des images spectaculaires de la misère, et..........? On leur donne une image?! Et bien oui, les larmes se consolent avec une épreuve d'artiste, E.A, signée Jean René.
Rappelons également que Jean René qu'on peut également appelé Junior (Jr) a reçu le très convoité Ted Prize, sorte de prix olympique pour les sauveurs du Monde ! Même Bill Clinton l'a eu. Ils se doivent de répondre à des vœux pour des idées majeures qui pourraient sauver le monde. Regardez donc combien de fois est mentionnée l'Afrique ?! A chaque prix, l'Afrique ! Il me semble que les bébés phoques sont has-been !

Dès qu'il faut sauver le monde, on veut sauver l'Afrique ! C'est un peu le confessionnal des salauds : je pille, j'exploite, je viole et me fais des couilles en or mais si je reçois les 100 000 dollars du Ted Prize, je vous jure que je vous construis un puits !

Junior lui, a fait son vœu : que « l'art puisse transformer le monde » ?! No comment !

Enfin si, one comment ! Je rappelle juste l'apéritif au Martini pétillant qui se tenait au 18ème étage d'un hôtel à Shanghai pour la galerie Magda Danysz ou Junior y montrait le teaser de son film. Il discutait vivement avec une collectionneuse chinoise, le martini pétillant pétillait, la rivière de diamants de la chinoise scintillait.... si fort qu'elle justifiait le port des lunettes noires de Junior.
« L'art pour transformer le monde » ?! Il est vraiment adorable ce JR, il a quelque chose de très touchant, une sorte de naïveté sincère, de virginité sans nom. Junior, c'est le petit garçon qui sent la lavande, propre et bien élevé, celui qui chope des poux et accuse le voisin, celui qui fait du skate mais a fait scout, le petit fils idéal, celui qui plaît à nos grands-mères.

Silence.
Les patates sont pelées. L'eau bout. L'apéritif est servi.
Et Grand-père prépare tranquillement son infarctus.


Le packaging des blancs de poulets peut être sophistiqué, cela n'empêche pas l'amertume acide que j'éprouve à son non- goût indus-plastique. Je préfère encore voir le poulet sur le marché, en cage, affolé, regard stupide, criant liberté, puis baignant dans son dernier râle de sang, l'animal est à vous, prêt à se faire décortiquer la praline dans une soumission des plus radicales. Tout ça pour dire que Jean-René n'est que le blanc de poulet dans son joli cellophane, il lui manque la résistance du volatile qui va crever, il lui manque cette sensation évidente du vivant qui va mourir. Lui, préfère immortaliser la misère des mourants, ces derniers bouts de viandes...ces derniers bouts de viande qui nous filent les larmes aux yeux.

Son œuvre n'est qu'un signe. Ombre de lui-même. C'est le signe qui signe. On ne comprend plus la figuration d'un visage dans un espace particulier mais bel et bien une signature, une grand pub pour une marque de luxe. Ses dernières tentatives le montrent de façon flagrante. Les containers ou le panthéon ne sont rien d'autre qu'une alliance qui ne cesse de troubler les frontières entre la pub, la com, le webdesign, le grand capital et l'art. On ne sait plus qui sert qui ?! Qui fait la pub de qui ? JR ou CMA CGM (armateur multinationale), Panthéon ou Jean René ?! Il n'est même plus question de parler d'engagement mais de buzz, il n'est plus question de parler de risque mais de com, ni de relations humaines mais de réseau social, (rappelez-vous de sa photo du jour publiée sur l'idée de Photolog) c'est dans cette ambivalence que se vautre complètement Philippe Bélaval au sujet de JR au panthéon :

Philippe Bélaval, président du Centre des monuments nationaux a déclaré le 25 février 2014 :
« Lieu sacré de la République, le Panthéon est une nécropole. Les tombes ne peuvent servir de support à un message publicitaire. Le besoin de ressources propres ne justifie pas que l’on fasse n’importe quoi. On ne peut pas dire que le Panthéon est emblématique des valeurs de la République et y mettre le logo d’une marque ».

Or oui monsieur Bélaval, vous venez de le faire en invitant Jean-René : JR est un logo, une marque ! Il ne se distingue que par sa capacité à se répandre en tant que signe. Il est cette virgule, ce swoosh que l'on connaît sans sourciller. Il est cette surenchère de signe qui dessine l'hyperréalité du monde et qui se liquéfie dans le torrent des simulacres. C'est ainsi que la virtualité du monde est pleinement réelle. On n'arrive plus à lire, penser, critiquer, on se soumet à une sensation d'ensemble et au consentement collectif. C'est dans le blanc de poulet que l'on se risque à l'amalgame, à la conspiration, au complot, car plus rien ne vous prouve que c'est du poulet. Or, dans la bestialité du vivant, dans ce combat qui réunit l'art, "les nègres et les chiens", on retrouve quelques plumes de réalité. La culture participe à ce consentement global du blanc de poulet, immaculé, d'origine contrôlée, applaudissant les uns, et faisant disparaître les autres, hachés, vivants, clavicule cassée.

En cela, Jean René me paraît aussi malin que débile. C'est comme Canal+, d'ailleurs je mets mes deux mains à couper qu'il y finira ses jours comme chroniqueur autour d'une chronique « art, pub, et street culture », il a le profil type des nouvelles générations : hypster, parisien, mondain et banlieusard, sorte de royal de rue qui a le rôle du fripon des vernissages et la morale de trier ses déchets. JR est entre Mathieu Kasowitz, Yan Barthès et Fabrice Bousteau. Sorte de chimère Pop, ça possède autant la malice de la girouette que la vulgarité des imbéciles. Applaudi par Canal+ et très étonnamment critiqué par les inrocks, Jean René a trouvé un procédé qui ne cessera de réitérer  ! comme Pollock avait trouvé le dripping, Buren les rayures, Viallat la tâche molle, Sophie Calle son cul, Jr a trouvé une photocopieuse.


Là, il est 12h58. J'ai faim, j'ai chaud. J'ai la flemme d'écrire plus, sachant que la plupart des lecteurs du web ne lisent plus que les vidéos, et peut-être leurs titres. Je préférerai une salade de roquette tiens ! avec de la « mozzarella di buffala », un filet d'huile d'olive et quelques baies de poivre rose. Trinquons Kiki, je t'ai préparé un verre de martini avec sa petite pomme, et parlons un peu de Bret Easton Ellis!

 
 


La misère est plus belle vue du ciel ...lalala (version Enrico Macias)

J.R. is watching you...et à la fois on s'en fout.

l'opération "Paix armée" combattu avec courage par J.R.

Les blagues à J.R....bon je vais à l'apéro avec Uman Brek pour ne pas pleurer.

 

 


 

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