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WHITE FLAG

 
 


GchooQ. Manu Berk. New York. 13 Août 2014.

du silence dans les cieux. Je lance une machine.
Je fais du blanc. J'évite les couleurs pour ne pas que ça déteigne.

 
 

Et kiki m'annonce la nouvelle. On a tous notre Gabriel pour nous annoncer des nouvelles, bonnes pour les uns, mauvaises pour les autres, chacun son ange...chacun son extraterrestre... L'un est quelque part dans une étable pourrie de Nazareth, l'autre est sur le pont luxueux de Brooklyn.
Le pont est un symbole, qui relie un monde à l'autre. Ce symbole est l'un des plus surveillés de la ville de New-York. Sans parler des facultés paranoïaques américaines, on a déjà perdu deux tours, on va pas perdre un pont non plus ! Fuckin shit !


On ne cessera jamais de hisser des drapeaux sur les bouts de terre. Pas une motte sans son piquet. Pas une parcelle sans son bout de ficelle. Même la lune a eu droit à son drap. L'anarchie. Les pirates. La paix.
Y'a que le soleil qui résiste.
On hisse. On hisse. On hisse jusqu'à ce que l'intimidation fasse son effet. Jusqu'à ce que le granule de la terre devienne mien, et que l'autre capitule. Le drapeau est cet objet inutile qui a son importance vitale. Le drapeau est une œuvre d'art : inutile et vitale. Derrière le drapeau, un peuple, une langue, une nation, une culture, une reconnaissance. Sans drapeau, l'inexistant, l'inconnu, l'étranger, l'insaisissable, le danger. Que brûle-t-on dans les manifestations? Quel objet symbolique peut être facilement piétiné ?




Qu'en est-il d'un drapeau javellisé, qui perdrait ses couleurs, son image, ses symboles ? C'est ce qui s'est donc passé, ce jour-là. Le jour de ma machine. Le jour où kiki me téléphona pour observer la nouvelle. C'est le jour où le drapeau américain s'est fait nettoyer. Aspergé. Lavage express. Plus de tartre, plus de couleur, plus une rayure rouge, plus de fond bleu, même les étoiles sont réduites au néant, plus rien : du blanc. Sorte de pureté évangélique, sur une terre qui ne cesse d'évangéliser. Le white flag flotte, et se confond dans les nuages.
Le 11 septembre était également à sa manière une image sur une terre d'images. Pas n'importe laquelle, une image hollywoodienne sur une terre en quête de spectacle hollywoodien. Certes un attentat mais avant tout, un attentat à l'image, une explosion de l'image, un attentat à la pudeur démocratique dans une terreur spectaculaire.
Sorte de propreté dans le drame, une certaine élégance esthétique du malheur. L'attentat est un acte d'agression qui vous prend par surprise, qui n'a pas le temps, ni la volonté, ni la précision d'être image. Or là, on est dans l'image, construite et précise. Acte qui déclenchera de la haine, de la peur, de la vengeance et une certaine méfiance vis-à-vis de la sécurité du pays.

Depuis ma machine, le monde explose, se venge, s'agresse, se terrorise, les uns s'allient, les autres se trahissent, ça explose ici, ça pète là-bas, on viole ici pendant que l'on pend là-bas, certains tuent des mômes, d'autres, ce sont les mômes qui vous tuent, certains torturent des clowns, d'autres vous mettent en cage et vous camisolent, le luxe-vandale vandalise et s'oppose à la misère bien élevée, « J'ai faim s'il vous plait » ou « Volontiers j'ai froid, à votre service monsieur ! », Le cannibalisme est devenu une gastronomie, publie ta mort, tes os et tes reins. Imprime la note aux vivants et puis, ce qui se perd se récupère, n'oublie pas de sniffer ta colle dans une poche de luxe, et fais ton selfie, moi je t'accepterai ainsi parce que t'es mort, mais t'es cool... je comprends rien, je connais pas ta mère mais passe-lui le bonjour ! Au fait connard, j'ai baisé ta sœur, c'est ton père qui m'a dit de le faire, mais on s'appelle demain pour réserver les billets...il me tarde Bali : des vagues, du surf et des putes au monoï. Je comprends rien.
Les continents s'intimident sous la colère des dieux. Ces dieux qui n'ont de réponses pour personnes. Même eux s'affrontent et se flinguent, c'est le monde tout entier qui assiste au suicide des cieux.



Quand le ciel se vautrera la gueule sur la terre, gare à vos nuques. Il n'y a de secours que pour la viande, pas pour les deux. Je reste toujours attentif aux mouvements circulaires des charognards qui sentent venir la chute et reniflent votre dernière pisse. Les carcasses abandonnées sont enregistrées dans le souvenir des tempêtes sacrées. Je me rappelle encore de ce petit con en train de se prendre en photo sur une carcasse de vache gonflée par la mer, échouée sur le sable, c'est la tempête qui avait noyé la bestiole : belle bestiole mais, pas un radeau, pas une méduse...une mort lente dans une dérive rapide. L'innocent ne connaissait pas le klu klux klan.


Les simulacres créent des doutes que personne ne détecte, même les agents des services secrets les plus sophistiqués ne savent plus distinguer le vrai du faux, il est aujourd'hui difficile de faire la différence entre un artiste et un terroriste. Kill Roy was here. J' comprends plus rien. Les uns choisissent l'action poétique, d'autres préfèrent l'anti-poétique. Si si la famille ! On crée alors une police interplanétaire pour résoudre les énigmes mais ils courent toujours après le vide. Le sphinx is dead, et les pyramides sont sûres de rien. La planète est devenue un spectacle grotesque qu'on rappelle trois fois. Œdipe n'a même plus ses yeux pour chialer. Le monde est usé. Formidable. Ça fait de la culture! Bravo ! Mise en scène sublime ! Le texte est de.... ?? J'oublie les noms oubliés et me rappelle pourtant les avoir croisés ! Le monde se fatigue de migrer de l'un à l'autre. Marre de crever dans la mer. Plein le cul du sel dans les narines et des crevettes dans les poumons. Nous ne sommes plus des peuples migrateurs, on sédentarise, on fiche, on fixe, on localise, on assoie, on assèche, on attache et si tu réponds à côté, tu prendras un annuaire dans la gueule.
D'ailleurs ferme ta gueule ! Tu nous fais chier à réfléchir ! Tu vois pas qu'on était peinard, en plus le match de l'OM commence!

Et pourtant, pendant ce temps-là , la subtilité virtuelle ne cesse de nous séduire, et nous plonge dans l'anéantissement profond du consentement. On est ici tous d'accord. Je l'ai vu, je suis d'accord avec vous, je vous accepte en ami. Pour l'instant. Demain est un autre ami. L'ennemi c'était hier, et pourtant... Ils se sont tous fait mettre à l'amende ? Qui donc ? La liberté la plus fliquée du monde...par quoi ? Par le symbole le plus respecté de cette nation...C'est l'adultère du Star and Stripes ! La république démocratique fédérale américaine est cocue. La bannière blanche symbole de paix vous baise dans l'analyse : demander la paix, est devenu une théorie subversive, la paix est terrorisante pour ceux qui lui sont infidèles? Yankees Go Home !
Qui donc a osé?
Mischa Leinkauf et Matthias Wermke !
SILENCE.
Le drapeau blanc s'est hissé. Sur le pont de Brooklyn.
Dominant l'arrogance du monde et suppliant sa majesté, d'arrêter ce vacarme.

 
     
   
     
     
     

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